Cette semaine encore, nous vous donnons nos meilleurs conseils pour apprendre avec notre rubrique Cher Duolingo. Retrouvez tous nos précédents articles ici.

Bonjour, chers Duolinguistes ! C’est encore moi, Dr Emilie Zuniga, pour votre rubrique Cher Duolingo. Mes derniers articles, sur les prépositions (en anglais) et sur les langues les plus difficiles à apprendre, soulignaient toute la richesse et la variété des langues dans le monde. Mais aujourd’hui, nous allons voir ce qui se passe lorsque cette vitalité décline avec les langues les moins parlées au monde.

La question de la semaine :

Illustration d'un courrier adressé à Duolingo et qui dit : Cher Duolingo, Tout le monde connaît les langues les plus parlées, mais quelles sont les langues les moins parlées au monde ? Merci, Solitaire Linguistique

Malheureusement, identifier la « langue la moins parlée » n’est pas aussi simple que de consulter une liste, surtout puisqu’il existe peu de ressources ou de statistiques concernant une grande partie des 7 000 langues parlées dans le monde. Ce que nous savons, c’est que des milliers de langues sont actuellement en danger : en 2025, environ 44 % des langues risquent de disparaître.

Partout dans le monde, les langues sont menacées pour de nombreuses raisons similaires : le passage à une autre langue (généralement pour des raisons économiques ou pour s’assimiler à une communauté plus large), un manque de soutien de la part du gouvernement et des écoles, l’émigration, le déplacement, et même la suppression pure et simple des langues minoritaires par ceux qui détiennent le pouvoir.

Voici cinq langues qui figurent parmi les « moins parlées » du monde.

Le taushiro

Lieu : Pérou
Famille linguistique : langue isolée (aucun parent connu)
Nombre de locuteurs : 1

Le taushiro n’a qu’un seul locuteur connu qui le parle couramment. Il a été rapidement menacé d’extinction au cours du XXe siècle en raison des maladies, des déplacements de population et de l’évolution de la langue vers l’espagnol et les langues indigènes voisines. Faute de jeunes locuteurs, la survie du taushiro dépend aujourd’hui entièrement de la documentation linguistique : la collaboration des membres de la communauté et des locuteurs pour consigner par écrit tout ce que l’on sait sur le taushiro.

Le kusunda

Lieu : Népal
Famille linguistique : langue isolée
Nombre de locuteurs : 1 à 2 personnes parlant couramment la langue

Le kusunda, autrefois parlé par une communauté de chasseurs semi-nomades, n’est lié à aucune autre langue connue. De nombreux facteurs ont contribué à la quasi-disparition de la langue : la perte des modes de vie traditionnels, l’assimilation à la communauté népalophone plus large et la diminution du nombre d’habitants. Récemment, des efforts de revitalisation ont été entrepris au niveau local, mais il y a encore très peu de personnes qui parlent la langue couramment.

Le njerep

Lieu : Cameroun
Famille linguistique : langues bénoué-congolaises (branche de la famille des langues nigéro-congolaises)
Nombre de locuteurs : moins de 5

Le njerep n’est plus utilisé comme langue quotidienne depuis des décennies. La plupart des locuteurs restants sont âgés et n’en ont qu’une connaissance partielle. Au fil des générations, la communauté s’est progressivement tournée vers des langues régionales plus importantes, en particulier le mambila. À mesure que les jeunes se rapprochaient des groupes linguistiques environnants, le njerep est tombé en désuétude.

Le ket

Lieu : Sibérie (Russie)
Famille linguistique : langues ienisseïennes (le ket est le seul survivant)
Nombre de locuteurs : environ 30

Le ket est la dernière langue de la famille ienisseïenne, autrefois largement parlée à travers la Sibérie centrale. Son déclin s’est accéléré pendant l’ère soviétique, lorsque les politiques d’assimilation ont poussé les groupes indigènes à utiliser le russe à l’école et dans la vie publique. L’urbanisation et l’abandon des modes de vie traditionnels ont rendu de plus en plus difficile pour les jeunes générations d’apprendre la langue de leurs parents et grands-parents. Aujourd’hui, seuls quelques anciens parlent couramment le ket, ce qui en fait l’une des langues les plus rares d’Eurasie.

Le tanema

Lieu : Iles Salomon
Famille linguistique : langues océaniennes (austronésiennes)
Nombre de locuteurs : 1

Le tanema comptait autrefois une petite mais active communauté de locuteurs. Au fil du temps, cependant, ils se sont tournés vers une langue locale apparentée (le teanu) pour la communication quotidienne. Les mariages mixtes avec des personnes d’autres communautés linguistiques, la faible taille de la population et la pression d’utiliser une langue communautaire commune ont accéléré le déclin du tanema, et aujourd’hui, il ne reste plus qu’un seul locuteur.

Quand une voix s’éteint

Derrière chaque langue et chaque communauté, il y a tout un savoir, une culture et une histoire unique. C’est pourquoi il est si important de documenter et de revitaliser les langues menacées : il s’agit non seulement de préserver des mots et des structures grammaticales, mais aussi de protéger des façons de percevoir le monde.

Envoyez-nous vos autres questions sur les langues et l’apprentissage à l’adresse dearduolingo@duolingo.com.