Le japonais est riche en expressions qui traduisent des émotions subtiles, des valeurs culturelles et des sensibilités esthétiques sans véritables équivalents dans les autres langues.
Voici cinq mots parfaitement japonais qui offrent un aperçu de la culture du Japon et qui pourraient bien exprimer des sentiments que vous n’aviez jamais réussi à nommer !
Wabi-sabi
Japonais : わびさび
Traduction : rustique et imparfait
Le wabi-sabi est une esthétique traditionnelle japonaise qui met à l’honneur l’imperfection, l’éphémère et la simplicité. La poterie japonaise fêlée réparée à l’or (kintsugi), l’observation des cerisiers en fleurs (hanami) et les jardins secs de sable ratissé (karesansui) en sont d’excellents exemples.
Ce mot est l’alliance de wabi (la simplicité rustique) et de sabi (le sentiment de solitude), et ensemble, ils expriment une profonde admiration pour les choses incomplètes ou éphémères, qui nous rappellent d’apprécier l’instant présent. Cette sensibilité est omniprésente dans la culture japonaise, de l’architecture à la poésie, en passant par la cérémonie du thé. Le wabi-sabi nous invite à réaliser que la beauté ne réside pas forcément dans la perfection, et que la simplicité est souvent l’expression la plus profonde de l’élégance.
Tsundoku
Japonais : 積ん読
Traduction : accumuler une pile de livres à lire
Le terme tsundoku est l’association ingénieuse de l’expression tsunde-oku (empiler pour un usage ultérieur) et du suffixe ‑doku (lecture). On obtient ainsi un mot unique signifiant « empiler des livres pour les lire plus tard ». Si le tsundoku pourrait faire penser à une accumulation compulsive, il n’a pourtant aucune connotation négative : il évoque plutôt une ambition sereine. Cette pile de livres non lus symbolise la curiosité, l’attente et l’idée qu’un jour, on trouvera le temps de s’y plonger. 📚
Comme le suffixe ‑doku signifie « lire », ce mot désigne en théorie l’accumulation de livres et autres objets de lecture, mais on l’utilise souvent avec humour pour parler d’autres loisirs : une liste massive de séries à regarder ou une collection numérique de jeux vidéo jamais commencés.
Setsunai
Japonais : 切ない
Traduction : douloureux (émotionnellement)
Bien que setsunai soit souvent traduit par « douloureux » ou « bouleversant », il désigne en fait un mélange de tristesse, d’envie et d’une certaine mélancolie. Le kanji 切 (setsu ou ki) est très révélateur : il veut dire « couper » et fait penser à une émotion si forte qu’elle nous transperce au plus profond de notre être.
Contrairement à kanashii (triste), setsunai possède une dimension poétique. On le retrouve fréquemment dans les chansons, les films et les romans pour exprimer une peine de cœur silencieuse ou une vulnérabilité émotionnelle. Dans la vie de tous les jours, les Japonais peuvent employer setsunai pour évoquer un souvenir, un adieu, ou même un magnifique coucher de soleil qui s’évanouit trop vite.
Kuyashii
Japonais : 悔しい
Traduction : frustré, dépité
Kuyashii exprime à la fois la frustration et le regret, surtout lorsqu’on estime qu’on aurait pu faire mieux. Par exemple, il décrit le pincement ressenti après avoir essuyé une défaite, manqué une opportunité ou fait une erreur que l’on voudrait pouvoir corriger en remontant le temps.
Cependant, kuyashii ne se limite pas à une connotation négative ! Il est souvent accompagné d’une ferme volonté de progresser et de réussir la fois suivante. Dans la culture japonaise, il est intimement lié aux vertus de la persévérance, de l’effort et du dépassement de soi. Il est courant de l’entendre chez les sportifs après une défaite ou chez les élèves qui ont reçu une mauvaise note. C’est un mot qui transforme la déception en motivation.
Taihen
Japonais : 大変
Traduction : particulièrement difficile ou éprouvant
Le mot taihen, composé des kanji pour « grand » (大) et « étrange » (変) se traduit habituellement par « éprouvant » ou « difficile », par exemple pour parler d’une journée épuisante ou d’une situation qui nous dépasse. Cependant, lorsqu’il fait référence aux difficultés rencontrées par une autre personne, il exprime la sympathie, voire l’admiration. Par exemple, si quelqu’un a passé une journée difficile, on peut lui dire Taihen deshita, ce qui signifie « Cela a dû être vraiment difficile ».
Le terme taihen est très versatile et sert à exprimer le désarroi, le choc ou la panique. On l’utilise aussi de manière plus péjorative pour accentuer la difficulté ou l’intensité d’une situation.
Découvrez la culture japonaise, un mot à la fois !
Ces mots uniques ne se contentent pas de décrire : ils dévoilent en réalité le mode de pensée, les sentiments et le rapport aux autres du peuple japonais. Et finalement, les maîtriser, c’est adopter une toute nouvelle façon de percevoir le monde !