Cette semaine encore, nous vous donnons nos meilleurs conseils pour apprendre avec notre rubrique Cher Duolingo. Retrouvez tous nos précédents articles ici.

Bonjour à tous les apprenants et apprenantes ! Nous revenons cette semaine avec une question qui nous traverse tous l’esprit, et elle est particulièrement pertinente pour celles et ceux visant un haut niveau de compétence dans leur nouvelle langue.

La question de la semaine :

Illustration d’une lettre à Cher Duolingo qui dit : Cher Duolingo, j’adore étudier le français ! J’ai hâte de pouvoir l’utiliser dans le monde. Donc ma question est : qu’est-ce que ça fait d’être bilingue ? Merci, Alix Pédition

Quelle question naturelle pour les monolingues ! On s’habitue à penser, parler, voire rêver dans une seule langue, alors qu’est-ce que ça fait d’en avoir une deuxième (troisième, sixième, ou vingtième) qui vit dans son cerveau ? C’est un peu difficile à décrire !

Le bilinguisme est plus compliqué qu’il n’y paraît : il existe de nombreux types de personnes multilingues, et celles-ci ont presque toutes des compétences et des degrés de confort différents avec chaque langue. Et ces compétences et l’équilibre entre les langues changent aussi tout au long de la vie ! Connaître plusieurs langues (ou dialectes) est un exercice d’équilibre consistant à augmenter ou diminuer les « volumes » linguistiques selon la situation.

Cette semaine, j’ai parlé avec quelques personnes multilingues chez Duolingo pour recueillir leurs réflexions sur ce que c’est que de connaître plusieurs langues !

Être bilingue… c’est incroyable !

Rick (Marketing Analytics Manager) : Je me sens comme un magicien des langues ! C’est particulièrement cool quand les gens commentent la rapidité avec laquelle on peut passer d’une langue à l’autre.

Anonyme (Software Engineer) : La vie est plus riche et plus épanouie grâce à la diversité de personnes avec qui vous pouvez parler, aux conversations que vous pouvez écouter en cachette, ainsi qu’à la musique, aux livres, à l’art et aux mèmes que vous pouvez apprécier. Même si nous parlons des langues différentes, nous partageons tous les mêmes émotions, sentiments et expériences, et c’est agréable d’avoir accès à plus de vocabulaire pour en parler.

Ramsey (Senior Communications Manager) : Ayant expérimenté à la fois le monolinguisme et le multilinguisme, il a été en quelque sorte transcendant d’acquérir cette nouvelle conscience métalinguistique, qui m’a permis de me rendre compte à quel point le langage est arbitraire et flexible.

Nat (Staff Software Engineer) : Chaque fois que je lis des œuvres traduites du russe vers l’anglais, je me surprends parfois à les retraduire mentalement en russe, surtout s’il s’agit d’une tournure de phrase qui est obscurcie dans la traduction. À chaque fois, j’ai l’impression de découvrir un petit secret !

Aspen (Quality Assurance Specialist) : C’est passionnant d’aider des personnes qui ne parlent qu’espagnol. Récemment, un homme du Honduras était perdu à l’aéroport et j’ai pu l’aider à prendre un taxi pour qu’il puisse se rendre à sa destination ! Une fois, j’ai aussi parlé à un chauffeur Lyft qui venait du Venezuela. Il m’a raconté son histoire de réfugié et son arrivée aux États-Unis. Pouvoir tisser des liens avec d’autres personnes dans leur langue maternelle, c’est quelque chose de vraiment spécial.

Être bilingue… réserve plein de surprises

Rick : Parfois, je rêve de mes amis anglophones mais dans mon rêve ils parlent néerlandais… C’est bizarre !

Kolja (Senior Data Scientist) : Je me surprends souvent à penser à une blague sans pouvoir la raconter à qui que ce soit, soit parce qu’elle est dans une langue que l’autre ne comprend pas, soit car c’est un jeu de mots dans plusieurs langues, donc très niche.

Anonymous (Software Engineer) : Certaines choses sont davantage mises en lumière dans certaines langues. Je n’ai appris l’existence de la doctrine Monroe et de l’Opération Condor (dictatures militaires soutenues par les États-Unis en Amérique centrale et en Amérique du Sud) qu’après avoir appris l’espagnol et lu des livres espagnols sur l’histoire moderne de l’Amérique latine. Grâce à la couverture du New York Times en français, j’ai découvert la dette écrasante qu’Haïti a été forcé d’assumer sous la menace de la guerre après avoir obtenu son indépendance de la France.

Être bilingue… c’est changer constamment

Il est normal que les langues des multilingues changent au fil du temps, selon la fréquence d’utilisation de chaque langue et ce qu’ils entendent le plus souvent dans la communauté qui les entoure. À différents moments, pendant plusieurs mois ou années, les multilingues seront généralement plus à l’aise et se souviendront plus rapidement des mots dans une certaine langue, et ils auront même des accents différents ! Les langues continuent de fluctuer dans votre cerveau, même pour les bilingues de longue date.

Celena : Pour moi, être bilingue signifie constamment apprendre, réapprendre et travailler pour préserver ma langue d’origine, puisque je n’ai plus autant d’exposition au chinois aujourd’hui qu’à l’anglais. Il est clair pour moi que ce n’est pas aussi simple que devenir bilingue puis rester au même niveau de bilinguisme pour toujours. L’attrition linguistique est une réalité.

Rick : J’ai l’impression de ne parler aucune de mes langues complètement. Quand je parle néerlandais avec ma famille, j’ai du mal à me rappeler certains mots et expressions, donc je choisis d’utiliser les mots anglais à la place. Mes conversations en néerlandais contiennent souvent environ 20 % d’anglais. Quand je parle anglais, j’ai le même problème, mais dans l’autre sens.

Elise (Learning Scientist) : Mes amis et ma famille aux Pays-Bas disent toujours que maintenant j’ai un accent très américain, ce que je n’ai jamais cru, jusqu’à ce que j’écoute un message vocal en néerlandais que j’avais envoyé à un ami. Je me suis dit : « Waouh, je ne parle pas vraiment comme ça, si ? » On aurait dit quelqu’un dont la langue maternelle est l’anglais et qui parle couramment néerlandais. J’ai presque l’impression que ma bouche et ma langue prennent une forme pour l’anglais et une autre pour le néerlandais, mais comme elles sont toujours réglées sur l’anglais maintenant, il me faut du temps pour revenir en arrière, et je ne peux jamais vraiment revenir totalement au néerlandais.

Être bilingue… c’est un jeu constant de changement de contexte

Il est très rare que les gens sentent un « équilibre » entre toutes leurs langues. Il est naturel de préférer une langue à une autre, surtout pour certains besoins ou contextes, et les multilingues sont aussi très conscients des différences subtiles entre les langues !

💡
Les mots ne sont pas seulement liés à des significations dans notre cerveau, ils sont aussi associés à des personnes et des expériences.

Lidia (Software Engineer) : Vous commencez à transposer directement des choses d’une langue à l’autre, et dans votre tête cela a du sens, mais pour d’autres vous pourriez dire des absurdités. 😂 Parfois, je me sens frustrée quand une langue a une meilleure expression ou une meilleure façon de dire quelque chose de précis, mais qu’il faut parler dans une autre langue.

Elise : Pour moi, être non-binaire et utiliser des pronoms neutres est très naturel en anglais mais beaucoup moins en néerlandais. Parler de mes recherches de doctorat en néerlandais est aussi quasiment impossible. D’un autre côté, je suis meilleur·e en maths en néerlandais parce que j’ai appris dans cette langue, et les histoires familiales de mes premiers souvenirs sont difficiles à raconter en anglais.

Ming (Staff Software Engineer) : Une chose que j’ai remarquée et qui m’a posé problème, c’est l’incapacité totale à parler de sujets spécifiques dans une langue, même si je peux parler couramment. Je trouve impossible de parler de mon homosexualité en chinois, et cela se répercute sur mes relations avec les personnes à qui je parle en chinois.

Être bilingue… c’est s’habituer à ce que les langues se mélangent

Nos cerveaux sont conçus pour gérer plusieurs langues, et il y a beaucoup de chevauchements dans les connexions cérébrales qui gèrent chaque langue. C’est pourquoi le mélange des langues dans l’alternance codique (comme le franglais) est courant, et c’est aussi pourquoi il peut être difficile de séparer les langues !

💡
Notre cerveau forme des liens entre des mots, des sons, des écritures et des sens similaires, même s’ils viennent de langues différentes !

Xingyu (Senior Software Engineer) : Quand j’apprends une troisième langue, je sens mon cerveau perdre le contrôle de la langue et je commence à sortir des mots en chinois.

Lucy (Senior Data Scientist) : J’ai essayé d’utiliser la langue locale en voyageant et je parle constamment en chinois à la place sans faire exprès.

Elisabeth (Software Engineer) : Parler, ça veut souvent dire utiliser « la dernière langue que j’ai étudiée et que je ne maîtrise pas encore ».

Julie (Senior Software Engineer) : Je parle chinois. Il y a encore quelques kanji japonais que je lis toujours avec des prononciations hanzi chinoises. Comme dans la phrase 私は五歳です (watashi wa gosai desu, « J’ai 5 ans »), 五 signifie 5 en japonais et en mandarin, mais ils se prononcent différemment. C’est « go » en japonais, mais dans ma tête je le prononce « wǔ » (comme en mandarin). Je ne peux littéralement pas activer le « mode japonais » ! Cela mène à un phénomène vraiment étrange où je peux regarder une phrase japonaise et en comprendre le sens bien plus vite que je ne peux la lire. 

Elise : Je ne me souviens jamais si un proverbe est anglais ou néerlandais, alors je dis des choses en anglais comme « Now the monkey comes out of the sleeve » (Maintenant le singe sort de la manche), alors que ce proverbe n’existe qu’en néerlandais ! C’est particulièrement étrange quand il y a des proverbes qui se ressemblent mais qui ne sont pas identiques, comme « two birds with one stone » (deux oiseaux d’une pierre) et twee vliegen in een klap (deux mouches d’un coup), l’équivalent « d’une pierre deux coups ». Je dis des choses comme « two flies with one stone » (deux mouches d’une pierre). 

Être bilingue… c’est avoir un style de langage qui vous est propre

💡
Nous ne « désactivons » jamais totalement une langue que nous connaissons, même quand nous ne l’utilisons pas. Elle nous influence toujours en coulisses !

Lucy : Votre monologue intérieur est une langue à part entière, et vous êtes la seule personne à la comprendre. J’ai grandi avec le chinois, mais je ne le parle pas couramment, donc mon monologue intérieur est un mélange d’anglais entrecoupé des mots chinois que j’entends le plus souvent autour de moi et que j’utilise avec ma famille.

Celena : Parfois, j’ai l’impression que mon cerveau a différents « modes » linguistiques : si je suis en « mode chinois » et que je m’attends à ce qu’on me parle en chinois, il m’arrive de ne pas du tout comprendre si quelqu’un me parle en anglais, une langue que je maîtrise pourtant mieux ! Il me faut un moment pour me réajuster. Une fois, cela a donné lieu à une interaction catastrophique avec un employé chinois de l’aéroport qui ne savait pas dans quelle langue me parler, car il changeait de langue plus vite que je ne pouvais changer de mode cérébral, et je comprenais à peine ce qu’il disait alors que tout était dans des langues que je connaissais…

Ramsey : C’est cool *et* étrange de penser parfois d’abord à un mot ou à une expression dans une seconde langue, ou de remarquer que la façon dont je dis quelque chose en anglais est le résultat de l’influence d’une seconde langue.

Votre propre super-pouvoir 

Vous aurez de nombreuses révélations durant toutes les étapes de votre parcours d’apprentissage, et entraîner votre cerveau à utiliser une nouvelle langue a des points positifs à tout âge ! Que votre objectif soit de commander au restaurant ou de vivre et étudier en utilisant votre nouvelle langue, votre cerveau vous remerciera. 💚

Envoyez-nous vos autres questions sur les langues et l’apprentissage à l’adresse dearduolingo@duolingo.com.